Non classifié(e) - 17.07.23

Les raisons du succès phénoménal de l’enseignement supérieur privé en France

Au cours de la dernière décennie, l’enseignement supérieur français a connu une évolution remarquable avec l’arrivée de 600 000 étudiants supplémentaires, un quart d’entre eux optant pour des établissements privés. Cet article du Figaro explore les multiples facteurs de cette croissance, dont l’attrait pour l’enseignement professionnel, l’évolution des métiers d’arts et de création avec l’avènement du numérique, et la popularité croissante de l’alternance, propulsée par la réforme de l’apprentissage en 2018. Cependant, cette augmentation de la popularité de l’enseignement privé n’est pas sans problèmes. De la confusion des familles face à une avalanche de certifications aux écoles profitant de l’ambiguïté réglementaire pour proposer des diplômes maison non reconnus, la nécessité d’une régulation accrue se fait sentir. Alors que les écoles privées s’intègrent de plus en plus dans le paysage éducatif français, la question de leur régulation devient une préoccupation majeure pour les acteurs de l’éducation.

En 10 ans, 600.000 étudiants supplémentaires ont intégré l’enseignement supérieur. Près d’un quart des étudiants français est aujourd’hui scolarisé dans un établissement privé. Les raisons de cet engouement sont multiples. Les écoles privées attirent les étudiants comme des mouches sur un pot de miel. Une envolée qui s’est accélérée ces cinq dernières années. Selon un rapport de l’ancien président de l’université Paris-Dauphine Laurent Batsch, publié par la Fondation pour l’innovation politique en juin dernier, de 1990 à 2005, seuls 15% des étudiants étaient inscrits en école privée. De 2010 à 2015, ils étaient déjà 19%. À partir de là, la part d’élèves dans le privé n’a fait que grimper, atteignant les 24,8% en 2021. Comment expliquer un tel succès?

Les écoles privées ont développé une offre dans des domaines attractifs et peu investis par le public, dans les métiers d’arts et de création articulés aux outils numériques, du design et du digital» Laurent Batsch, ancien président de Dauphine.

Certes en 10 ans, 600.000 étudiants supplémentaires ont intégré l’enseignement supérieur. Mais ce n’est pas la seule raison de ce succès. «L’université n’est pas faite pour tout le monde et ne peut pas accueillir tous les bacheliers», explique Olivier de Lagarde, président du Collège de Paris (Digital College, École Conte ou Thierry Marx College). Nombreux sont donc ceux à se tourner vers le privé, davantage tourné vers l’enseignement professionnel, alors que l’université privilégie des formations plus académiques. «Surtout, les écoles privées ont su développer une offre dans des domaines attractifs et peu investis par le public, dans les métiers d’arts et de création articulés aux outils numériques, du design, de l’architecture intérieure, et des applications professionnelles des ressources du digital», précise le rapport de Laurent Batsch.

Un succès lié à la réforme de l’apprentissage La raison de la croissance du privé est aussi liée à l’explosion de l’alternance. La loi de 2018 a largement réformé le système d’apprentissage, permettant notamment une simplification de la création des CFA (centres de formation d’apprentis). Et depuis le Covid, l’État a mis en place des aides de 6000 euros pour les entreprises qui signent un contrat avec un apprenti. Quelque 811.500 contrats d’apprentissage ont été signés dans le privé en 2022, soit une hausse de 14% par rapport à 2021, selon le ministère du Travail.

Le secteur public, lui, n’a permis de signer que 25.500 contrats. «Plus de 80% des apprentis du supérieur sont dans le privé, qui a des relations privilégiées avec les entreprises. Ce qui a permis au secteur d’accroître ses effectifs étudiants», indique Mathias Emmerich, président du groupe Omnes Éducation (Inseec, ECE ou encore Sup de Pub). Si la hausse est moins spectaculaire que ces deux dernières années (+46% en 2020 et +38% en 2021), elle reste en ligne avec l’objectif de l’exécutif d’atteindre un million de contrats signés par an d’ici 2027. De quoi continuer à pousser les étudiants à se lancer dans cette voie professionnalisante, pour percevoir un salaire ainsi que voir leurs études payées, et donc d’économiser environ 10.000 euros par an de frais de scolarité.

Ensuite, Parcoursup

Les familles sont aussi rassurées par l’encadrement promis. «Nous pouvons nous permettre d’avoir des classes de 25 à 30 élèves», partage Anil Benard-Dende, directeur général du groupe Ynov Campus. Des effectifs bien différents de ceux de la fac avec des amphithéâtres bondés. Mais l’objectif du privé n’est pas de vider les universités pour récupérer tous leurs étudiants. «Les formations académiques de l’université et celles plus professionnalisantes du privé sont complémentaires», précise Anil Benard-Dende.

Un secteur parfois pointé du doigt

Le problème est que les familles se retrouvent noyées par la multiplication des certifications, labels et autres marques de reconnaissances étatiques. Et les écoles en profitent. Ainsi, le précieux titre RNCP (Répertoire national des certifications professionnelles) délivré par France Compétences, essentiel pour pouvoir ouvrir une formation en apprentissage ou en contrat de professionnalisation, est la proie de trafics légaux entre écoles. Une école qui a un titre RNCP peut en effet le louer à un autre établissement. Une pratique également intéressante économiquement, puisqu’en moyenne, un titre RNCP se loue environ 1000 euros par élève pour une formation qui coûte 10.000 euros l’année. Ramené à une promotion entière… Le calcul devient très intéressant.

Certaines ne délivrent aucun diplôme officiel. «Certaines délivrent des titres maison contrôlés par personne. Car pour ouvrir un établissement, ne nécessite pas forcément d’autorisation, simplement une déclaration», affirme Mathias Emmerich. En effet, selon le Code de l’éducation : «Les associations formées pour créer et entretenir des cours ou établissements d’enseignement supérieur doivent établir une déclaration indiquant les noms, professions et domiciles des fondateurs et administrateurs.»

De quoi semer la zizanie. «Il faut cesser avec les écoles privées qui ne sont pas claires sur leurs formations: certaines familles sont convaincues que leur enfant pourra ensuite faire un bon master dans une grande école ou la fac. Sauf que, souvent, la communication de ces écoles est trompeuse, et les étudiants se retrouvent bloqués avec des diplômes non reconnus», déclare Guillaume Gellé, président de France Universités et président de l’université de Reims Champagne-Ardenne.

Si les écoles privées reconnues ont désormais droit de cité dans Parcoursup, ce qui a dopé leur recrutement, il en reste des centaines qui n’y sont pas et récupèrent les déçus de la plateforme à grands coups de campagnes marketing.

Réguler le privé

C’est pourquoi France Universités souhaiterait réguler le secteur privé. «Il y a une anarchie à ce sujet. C’est pourquoi nous avons proposé de lancer un moratoire, pour nous mettre d’accord avec les différents acteurs», poursuit Guillaume Gellé. Martin Hirsch, vice-président du groupe Galileo Global Education (Penninghen, Strate, Paris School of Business ou encore le Cours Florent), est du même avis. «En renforçant la régulation, cela donnera un cadre plus sécurisant, et donc plus de garantie sur la qualité des formations», indique-t-il. C’est pourquoi en avril dernier, il a proposé aux côtés du président du groupe 10 propositions pour mettre de l’ordre, comme garantir la qualité des enseignants, développer des conseils pédagogiques, pouvoir certifier une école entière et non pas seulement un titre professionnel ou encore vérifier plus exhaustivement l’insertion professionnelle des étudiants.

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